Fonction publique : pourquoi les jeunes ne passent plus les concours ?

Fabrice

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En 2022, seulement 30% des jeunes diplômés ont envisagé de passer un concours de la fonction publique, un chiffre en baisse constante depuis une décennie. Pourquoi cet attrait historique pour la sécurité de l’emploi public semble-t-il s’éroder chez les nouvelles générations ?

Entre la quête de flexibilité, les aspirations à l’entrepreneuriat et un marché du travail en mutation rapide, les jeunes semblent désormais tourner le dos à cette voie autrefois prisée. Pourtant, la fonction publique continue d’offrir des opportunités de carrière stables et nombreuses.

Analyse d’une désaffection qui questionne l’avenir du service public et les attentes des jeunes professionnels.

Pourquoi l’âge d’entrée dans la fonction publique augmente ?

En 2022, l’âge moyen des nouveaux entrants dans la fonction publique d’État a atteint 33 ans, un chiffre révélateur d’une tendance à la hausse. En 1980, cet âge était de 21 ans, et en 2010, il était de 25 ans. Cette évolution souligne un parcours professionnel plus long avant d’accéder à la fonction publique. En 2023, le chômage des jeunes (15-24 ans) est de 17,2 % en France, ce qui pourrait expliquer en partie ce phénomène.

Les recrutements en 2022 montrent que 71,4 % des nouvelles recrues sont embauchées sous contrat de droit public, contre seulement 21,3 % qui deviennent fonctionnaires. Près de 90 % des premières embauches sont temporaires, ce qui contribue à un parcours moins stable. La Cour des comptes recommande de développer une stratégie spécifique pour les jeunes, afin d’améliorer cette situation.

Les difficultés d’attractivité de la fonction publique

La fonction publique, représentant 20 % de l’emploi en France, peine à attirer les jeunes diplômés. Seuls 11 % d’une cohorte de 764 000 jeunes diplômés en 2017 travaillaient dans la fonction publique trois ans plus tard. Le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, a identifié plusieurs freins, dont le manque d’expérience professionnelle et la complexité des processus de recrutement.

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Le coprésident de l’association La Cordée, Damien Zaversnik, a souligné que l’augmentation des rémunérations ne suffira pas à attirer les jeunes. Les attentes peuvent englober un désir de sens et de flexibilité, avec une image de l’administration jugée poussiéreuse. Les difficultés d’attractivité se manifestent aussi par le manque d’opportunités pour présenter les métiers publics aux jeunes.

Une réforme nécessaire pour une fonction publique plus attrayante

Le gouvernement prépare une réforme de la fonction publique pour faciliter l’intégration des apprentis à l’issue de leur alternance et renouveler les modalités d’accès. Le concours, souvent perçu comme un repoussoir, est au cœur de ces réflexions. Des dizaines de milliers de postes sont à pourvoir dans les trois branches de la fonction publique : État, hôpitaux, collectivités.

Un tableau des recrutements en 2022 montre une transformation significative des parcours professionnels :

Type de recrutement
Pourcentage
Contractuels
71,4 %
Fonctionnaires
21,3 %

 

Pour améliorer l’attractivité, une meilleure planification des besoins et des parcours d’intégration adaptés sont nécessaires. Le challenge est de taille, mais essentiel pour moderniser l’image de la fonction publique et répondre aux attentes des jeunes générations.

Les aspirations professionnelles des jeunes : un obstacle pour la fonction publique ?

Les aspirations professionnelles des jeunes d’aujourd’hui diffèrent considérablement de celles des générations précédentes, ce qui constitue un obstacle pour la fonction publique. Les jeunes recherchent souvent des carrières offrant plus de flexibilité, d’opportunités de développement personnel et de mobilité internationale. Le secteur public, perçu comme rigide et hiérarchisé, peine à répondre à ces attentes. Les jeunes sont attirés par des environnements de travail dynamiques, où l’innovation et la créativité sont encouragées, ce qui contraste avec l’image traditionnelle de la fonction publique.

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Un autre aspect fondamental est la quête de sens au travail, qui est devenue une priorité pour beaucoup de jeunes professionnels. Nombre d’entre eux souhaitent que leur emploi ait un impact positif sur la société ou l’environnement, ce qui les pousse souvent vers des secteurs comme les ONG ou les start-ups sociales. Bien que la fonction publique ait un rôle essentiel dans le service à la communauté, elle souffre d’un déficit d’image en termes d’impact direct et visible, ce qui peut décourager les jeunes de s’y engager.

La question de la rémunération et des avantages sociaux joue également un rôle non négligeable. Bien que la sécurité de l’emploi soit un atout traditionnel de la fonction publique, elle ne compense plus les aspirations salariales des jeunes diplômés, qui sont souvent plus élevées. Les secteurs privés, notamment dans les domaines de la technologie et de la finance, offrent des packages de rémunération plus attractifs, ce qui rend la fonction publique moins compétitive sur ce plan. Pour inverser cette tendance, il serait nécessaire de repenser les politiques salariales et de promouvoir des avantages non financiers qui résonnent davantage avec les valeurs des jeunes générations.

Les concours : un challenge insurmontable pour les jeunes ?

Les concours sont réputés pour leur sélectivité extrême, demandant des mois, voire des années, de préparation. Cette exigence peut être un frein pour de nombreux jeunes, qui se sentent découragés face à l’ampleur de la tâche. Pour réussir, une préparation intense est souvent nécessaire, ce qui n’est pas à la portée de tous.

En parallèle, les réformes des concours ajoutent une couche supplémentaire de complexité. Les ajustements visant à modifier les niveaux d’accès créent une incertitude palpable. Les jeunes candidats se retrouvent souvent déstabilisés par ces changements, ne sachant plus à quel niveau se préparer.

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Face à ces enjeux, certains jeunes choisissent de se détourner de ces concours. L’incertitude et la difficulté perçue peuvent pousser à explorer d’autres voies. Il devient capital de bien s’informer et de peser le pour et le contre avant de se lancer dans une telle aventure.

Émilie (Limoges) « Un parcours atypique dans la fonction publique »

J’ai toujours été attirée par le service public, et quand j’ai appris qu’il y avait 20 places vacantes dans la promotion de fonctionnaires de catégorie A, j’ai vu une opportunité à ne pas manquer. La formation offrait un salaire de départ de 1 700 euros, ce qui était raisonnable pour débuter. Ce qui m’a vraiment convaincue, c’était le salaire minimum de 2 500 euros net pour un cadre A débutant. Malgré cela, je comprenais pourquoi certains de mes amis préféraient le secteur privé, où les salaires peuvent dépasser 80 000 euros pour certains postes.

Durant ma formation, j’ai rencontré plusieurs personnes qui, comme moi, avaient quitté des emplois dans le privé pour rejoindre la fonction publique. Nous étions motivés par la stabilité et les avantages à long terme, même si cela signifiait un sacrifice financier immédiat. En discutant avec eux, j’ai réalisé que beaucoup avaient été attirés par l’indemnité de résidence à l’étranger, qui pouvait atteindre 5 000 euros mensuels. Pour certains, cela représentait une occasion unique de vivre à l’étranger tout en bénéficiant d’une sécurité d’emploi.

Après cinq ans dans la fonction publique, je peux dire que je ne regrette pas mon choix. Bien que le secteur privé offre des salaires potentiellement plus élevés, jusqu’à 100 000 euros brut après quelques années, la sécurité et les avantages sociaux de mon poste actuel sont inégalables. J’ai également constaté que, malgré la désaffection pour ces postes, la fonction publique continue d’attirer des candidats passionnés par le service public. Les problèmes sont nombreux, mais les opportunités de progression existent, même si elles sont parfois moins évidentes qu’ailleurs.

 

Fabrice

Fabrice DURAND

Entrepreneur et passionné par l'orientation professionnelle, j'ai créé formation-publique pour vous accompagner dans le choix de vos formations. Je suis également responsable du groupe Facebook Orientation scolaire.

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