Selon un récent rapport de l’Institut national de statistique italien, le taux de chômage en Italie aurait atteint son niveau le plus bas depuis dix ans. Ce chiffre marque une étape significative pour le gouvernement de Giorgia Meloni, qui avait fait de la lutte contre le chômage l’une de ses priorités depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022.
Pourtant cette embellie sur le front de l’emploi ne masque pas les enjeux persistants auxquels l’Italie doit faire face sous la direction de Meloni. Les critiques pointent notamment une gestion controversée des questions migratoires et des tensions au sein de l’Union européenne, deux dossiers épineux qui continuent de diviser l’opinion publique italienne.
Alors, quel bilan peut-on réellement dresser du gouvernement Meloni après plus de deux ans de mandat ? et surtout ce modèle peut-il et doit-il être adapté en France.
Quel est l’état économique de l’Italie Vs France ?
En 2023, l’inflation en Italie était de 0,6 %, tandis que la France enregistrait une inflation de 3,6 %. Concernant le chômage, l’écart entre les deux pays, notable lors de l’arrivée de Giorgia Meloni, s’est annulé au troisième trimestre 2023.
Au premier trimestre 2024, l’Italie bénéficiait d’un avantage de deux points. Le déficit public de l’Italie étant passé de 6,3 % du PIB au quatrième trimestre 2022 à 2,3 % au troisième trimestre 2024. La France de son côté voyait son déficit passer de 3,3 % à 7,3 % durant la même période.
En termes de dette publique, l’Italie affichait un ratio de 136,3 % du PIB au troisième trimestre 2024, tandis que celui de la France était de 113,8 %. Entre 2022 et 2024, l’Italie a réduit son ratio de deux points, contrairement à la France qui l’augmentait de 2,5 points.
Les prévisions pour 2025 indiquent que le déficit public de l’Italie pourrait atteindre 3,3 % du PIB, tandis que la France présente un budget déséquilibré. Les échanges extérieurs montrent une amélioration pour l’Italie, passant d’un solde inférieur de 1,5 point à un solde supérieur de deux points par rapport à la France deux ans après l’arrivée de Meloni. 📈
📊 Indicateur |
Italie |
France |
|---|---|---|
Inflation (fin 2023) |
0,6 % |
3,6 % |
Déficit public (Q3 2024) |
2,3 % |
7,3 % |
Ratio dette publique/PIB (Q3 2024) |
136,3 % |
113,8 % |
Des enjeux sociaux et éducatifs très discutables pour la politique de Meloni
Le gouvernement italien envisage de repousser l’âge de la retraite à 70 ans pour les fonctionnaires, une mesure proposée par Paolo Zangrillo pour faire face à une crise démographique et à des dépenses de retraite représentant environ 17 % du PIB.
Cette proposition, incluse dans la loi budgétaire pour 2025, vise à répondre à une pénurie de personnel et à favoriser le transfert de compétences. Les syndicats s’opposent à cette mesure, dénonçant des conditions de travail précaires et l’absence de revalorisation des salaires.
En matière d’éducation, le ministre Guiseppe Valditara met en place des quotas pour recruter davantage d’hommes dans les écoles, avec l’objectif de renforcer l’autorité et d’améliorer les performances scolaires.
Des lycées « Made in Italy » sont également introduits pour lutter contre le chômage des jeunes et adapter l’éducation aux besoins du marché. Des mesures controversées regroupent la menace d’emprisonnement pour les parents d’enfants décrocheurs et des salaires différenciés pour les enseignants selon leur région.
- Le taux de chômage des jeunes en Italie est actuellement de 22 %.
- Un plan d’action pour les écoles du Sud est doté de 31 millions d’euros.
- La migration des étudiants du Sud vers le Nord concerne 8 % des étudiants.
Le gouvernement refuse également une éducation à la sexualité obligatoire et impose des sanctions aux écoles qui ne célèbrent pas les traditions chrétiennes. Ces actions s’inscrivent dans une tendance plus large d’expansion de l’extrême droite en Europe. Les réformes éducatives et sociales en Italie suscitent des tensions et des préoccupations, tant au niveau national qu’européen.
Quel impact des réformes économiques sur la société italienne ?
Les réformes économiques mises en œuvre par le gouvernement Meloni ont eu des répercussions significatives sur la société italienne. La réduction du déficit public de l’Italie, passant de 6,3 % à 2,3 % du PIB, a permis de stabiliser les finances publiques, mais elle a également entraîné des ajustements budgétaires qui ont touché divers secteurs sociaux. La diminution du déficit a nécessité des coupes budgétaires dans certains services publics, ce qui a suscité des inquiétudes quant à l’accès aux soins de santé et à l’éducation pour les populations les plus vulnérables.
La baisse du chômage, bien qu’encourageante, ne masque pas les enjeux persistants liés à l’emploi, notamment pour les jeunes. Avec un taux de chômage des jeunes de 22 %, l’Italie doit encore renforcer ses politiques d’insertion professionnelle. Les initiatives telles que les lycées « Made in Italy » visent à aligner l’éducation sur les besoins du marché du travail, mais la réussite de ces programmes dépendra de leur capacité à s’adapter rapidement aux évolutions économiques et technologiques.
Les réformes économiques ont également influencé les dynamiques migratoires internes. La migration des étudiants du Sud vers le Nord, qui concerne 8 % des étudiants, témoigne des disparités régionales persistantes. Les investissements ciblés, comme le plan d’action pour les écoles du Sud doté de 31 millions d’euros, sont essentiels pour réduire ces écarts et favoriser un développement équilibré à travers le pays. L’efficacité de ces mesures repose sur une mise en œuvre cohérente et une évaluation continue de leurs impacts.
La politique étrangère de Giorgia Meloni
Le gouvernement de Giorgia Meloni se retrouve dans une position délicate en matière de politique étrangère. D’un côté, Meloni partage des affinités idéologiques avec Donald Trump, ce qui pourrait influencer ses choix stratégiques. De l’autre, elle doit maintenir une relation stable et fidèle avec l’Union européenne, un partenaire essentiel pour l’Italie.
En parallèle, le gouvernement fait face à des problèmes politiques internes, notamment des échecs dans sa politique migratoire. Ces revers compliquent encore davantage les relations déjà complexes avec les États-Unis et l’Union européenne. Meloni doit donc jongler habilement entre ses alliances idéologiques et ses obligations diplomatiques pour envisager ce paysage politique mouvant.
L’heure du bilan pour Giorgia Meloni
Un modèle économique en apparence solide, mais à quel prix ?
Malgré des indicateurs macroéconomiques en nette amélioration avec notamment un taux de chômage historiquement bas, une inflation maîtrisée (0,6 % fin 2023 contre 3,6 % en France), et un déficit public réduit à 2,3 % du PIB, l’Italie de Giorgia Meloni révèle un modèle de gestion publique dont les effets sur la société suscitent un débat de fond.
La baisse du déficit, saluée par les institutions financières, repose essentiellement sur des coupes drastiques dans les services publics et des réformes structurelles qui accentuent les inégalités déjà présentes. La France, à l’inverse, fait face à un creusement de son déficit (7,3 % du PIB), ce qui pourrait nourrir des tentations de réformes similaires inspirées du modèle italien.
Pourtant, les conséquences sociales de ces choix budgétaires sont considérables :
- gel des salaires,
- précarisation de l’emploi public,
- éloignement des services essentiels dans certaines régions, notamment au Sud,
- tensions accrues entre centre et périphérie.
Parallèlement, la stratégie de Meloni en matière de politique éducative et migratoire interroge : entre nationalisme culturel (promotion des lycées « Made in Italy », quotas d’hommes dans l’enseignement, réaffirmation des traditions chrétiennes) et tentations autoritaires (menaces pénales contre les parents d’élèves décrocheurs), l’exécutif semble privilégier une logique d’ordre au détriment de l’inclusivité.
Enfin, les choix géopolitiques de Rome, tiraillée entre l’atlantisme traditionnel, ses affinités trumpistes et les exigences communautaires européennes, illustrent les ambiguïtés d’une ligne politique soucieuse de souveraineté mais dépendante des appuis extérieurs.
À la lumière de ces constats, la transposition d’un tel modèle en France pose question : faut-il sacrifier la cohésion sociale au nom de la rigueur budgétaire ? Peut-on importer une discipline économique sans en adopter les orientations idéologiques sous-jacentes ?
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