Faut-il vraiment sabrer dans les effectifs publics pour sauver les finances de l’État ? Alors que le gouvernement vise 40 milliards d’euros d’économies d’ici 2026, la Cour des comptes préconise la suppression de 100 000 postes territoriaux.
Une stratégie budgétaire musclée qui pourrait bien coûter cher à d’autres niveaux. Entre absentéisme record, agents au bord de l’épuisement et qualité des services en jeu, les effets secondaires s’annoncent nombreux.
Au final diminuer le nombre de fonctionnaire pourrait coûter très cher à l’état en raison d’une explosion des arrêts maladies.
Réduction des effectifs : une économie à double tranchant ?
Le gouvernement français projette de réduire les effectifs de la fonction publique pour réaliser des économies budgétaires significatives. D’ici 2026, l’objectif est de générer 40 milliards d’euros d’économies. Entre 2017 et 2022, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 178 000 agents, répartis entre la fonction publique d’État (+96 000), les hôpitaux (+38 000) et les collectivités territoriales (+45 000).
La Cour des comptes recommande une réduction de 100 000 emplois dans les collectivités territoriales, soit 5,5% des emplois, pour économiser 4,1 milliards d’euros par an à partir de 2030.
Réduire les effectifs pourrait avoir des conséquences inattendues. L’âge moyen des fonctionnaires, qui est de 44 ans, est déjà supérieur à celui des salariés du secteur privé. Les agents territoriaux, avec un âge moyen de 49 ans, voient leur âge moyen augmenter de six mois chaque année.
Absences et absentéisme : un problème majeur a régler
Les arrêts maladie posent un problème majeur. Les fonctionnaires de moins de 40 ans s’arrêtent en moyenne 28 jours par an, tandis que ceux de 55 ans et plus atteignent 49 jours. Cette situation pourrait aggraver le déficit de la Sécurité sociale, surtout avec l’Assurance maladie ayant dépensé plus de 10,2 milliards d’euros pour indemniser les arrêts de travail en 2023.
Depuis le 1er mars 2025, l’indemnisation des arrêts maladie a été réduite à 90% de la rémunération pendant les trois premiers mois, contre 100% auparavant. Le taux d’absentéisme dans la fonction publique territoriale est estimé à 7,85%, et atteint même 9,3% selon Sofaxis. Les centres communaux d’action sociale affichent un taux d’absentéisme de 10,4%.
Les types d’absences les plus fréquentes englobent les congés longue maladie, les accidents de service et les maladies professionnelles, représentant un tiers du volume total des absences. La lutte contre l’absentéisme nécessite des dispositifs de prévention efficaces.
Régime de réparation et conditions de travail : vers une amélioration ?
En matière d’accidents et de maladies de service, une ordonnance du 19 janvier aligne le régime de réparation des fonctionnaires sur celui du secteur privé. Le principe de présomption d’imputabilité facilite la reconnaissance des maladies professionnelles pour les agents.
Les fonctionnaires peuvent prétendre à réparation pour une pathologie inscrite dans un tableau de maladies professionnelles, même sans remplir tous les critères, à condition de prouver le lien avec leurs fonctions. Si la maladie ne figure dans aucun tableau, l’agent doit démontrer qu’elle est directement causée par l’exercice des fonctions et entraîne une incapacité permanente.
L’ordonnance vise à améliorer les conditions de travail des agents en facilitant le recours au temps partiel thérapeutique, offrant ainsi une meilleure flexibilité et un soutien accru aux agents en difficulté. Cette mesure pourrait contribuer à réduire l’absentéisme tout en soutenant le bien-être des fonctionnaires.
Conséquences inattendues de la réduction des effectifs
La diminution du nombre de fonctionnaires pourrait entraîner une surcharge de travail pour ceux qui restent en poste. Avec moins de personnel pour accomplir les tâches quotidiennes, les agents pourraient être contraints d’assumer des responsabilités supplémentaires, augmentant ainsi leur charge de travail.
Cette pression accrue peut mener à un épuisement professionnel, phénomène connu sous le nom de burnout, qui est souvent une cause majeure d’absentéisme et donc coûter très cher à l’état ! Le stress chronique et le manque de temps pour récupérer adéquatement peuvent pousser les fonctionnaires à prendre davantage de congés maladie pour se reposer et se ressourcer.
Un autre aspect à considérer est l’impact sur la qualité des services publics. Avec moins de personnel, il devient difficile de maintenir le même niveau de service, ce qui peut entraîner une insatisfaction des usagers et une pression supplémentaire sur les agents. Cette situation peut être particulièrement problématique dans des secteurs critiques comme la santé ou l’éducation, où la demande de services est constante et élevée. L’incapacité à répondre efficacement aux besoins des citoyens peut également contribuer à un sentiment de frustration chez les fonctionnaires, augmentant ainsi le risque d’absentéisme pour des raisons psychologiques.
La réduction des effectifs pourrait affecter la dynamique de travail et la motivation au sein des équipes. La diminution du nombre de collègues peut nuire à l’esprit d’équipe, essentiel pour maintenir un environnement de travail positif et productif. Les agents restants pourraient ressentir un manque de soutien, ce qui peut affecter leur moral et leur engagement envers leurs missions. Une baisse de motivation est souvent corrélée à une augmentation des absences, les employés se sentant moins impliqués et moins enclins à faire face aux problèmes quotidiens de leur travail.
Les enseignants, champions de l’assiduité malgré les risques ?
Les enseignants se distinguent par leur assiduité remarquable, surpassant celle des autres salariés. Malgré une exposition constante aux risques sanitaires, leur taux d’absence reste inférieur à celui des autres travailleurs, qu’ils soient du secteur public ou privé. Ce constat met en lumière une facette souvent méconnue de leur engagement professionnel.
Face aux enjeux quotidiens, les enseignants montrent une résilience impressionnante qui mérite d’être soulignée et reconnue. Leur présence continue dans les salles de classe, même en période de crise sanitaire, témoigne de leur dévouement envers l’éducation des jeunes générations. Cette attitude exemplaire contribue à la stabilité du système éducatif.
En comparaison avec d’autres professions, les enseignants sont moins souvent absents, ce qui renforce leur rôle essentiel dans la société. Leur capacité à maintenir une présence régulière, malgré les aléas, est un atout majeur pour l’institution scolaire. Ce phénomène pourrait inspirer d’autres secteurs à s’interroger sur les facteurs favorisant une telle assiduité.
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