Les infirmières de la fonction publique hospitalière bénéficient d’un régime de retraite spécifique, dont le montant varie selon plusieurs facteurs : statut, durée de carrière, trimestres validés, et traitement indiciaire brut. Voici une présentation détaillée de ces règles. On vous explique tout dans cet article et on rencontre odette qui nous parle de ce qu’elle gagne à la retraite.
Le calcul de la pension de base d’une infirmière de la fonction publique
La pension principale est calculée selon la formule suivante :
Pension brute = Traitement indiciaire brut × (Trimestres validés / Trimestres requis) × 75%
- La base du calcul repose sur le salaire brut indiciaire des 6 derniers mois (hors primes variables).
- Pour une carrière complète, la pension atteint 75 % du traitement brut.
- En cas de carrière incomplète, une proratisation et une décote s’appliquent.
Intégration de certaines primes
Deux éléments de rémunération peuvent être pris en compte dans la pension si perçus durant les 6 derniers mois :
- Nouvelle bonification indiciaire (NBI)
- Complément de traitement indiciaire (CTI) : 241,22 € brut par mois
Quel est le montant moyen de la pension d’une infirmière de la fonction publique hospitalière
Selon la catégorie et l’ancienneté, les montants varient :
Statut |
Montant brut mensuel estimé (carrière complète) |
|---|---|
Infirmière catégorie A |
Entre 1 500 € et 2 200 € |
Infirmière catégorie B |
Légèrement inférieur, mais départ possible plus tôt |
Minimum garanti : 1 354 € brut par mois en 2025 pour une carrière complète.
Cas d’une carrière incomplète
- Montant de la pension réduit en fonction du nombre de trimestres manquants
- Le minimum garanti est proratisé selon les années de service
Retraite complémentaire (RAFP)
À la pension de base s’ajoute la Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP), calculée en fonction des points accumulés grâce aux primes perçues.
- Montant souvent modeste
- Dépend des éléments de rémunération soumis à cotisation RAFP
Estimation globale
Situation |
Montant estimé |
|---|---|
Carrière complète (catégorie A) |
1 500 € à 2 200 € brut/mois |
Carrière incomplète |
Inférieure mais supérieure au minimum garanti |
Odette, 64 ans : « Infirmière toute ma vie, voilà ce que je touche à la retraite »
C’est dans son petit appartement au rez-de-chaussée d’une résidence calme de Limoges que Odette nous accueille, une tasse de tisane à la main, le sourire franc, les souvenirs encore bien vifs. À 64 ans, elle profite de sa retraite après avoir exercé pendant plus de 42 ans comme infirmière dans la fonction publique hospitalière. Elle a connu les nuits aux urgences, les postes en EHPAD, les services de réanimation, les gardes pendant les grèves, le COVID… et tout ce que ce métier implique d’humanité et de fatigue. Aujourd’hui, elle revient avec nous sur ce que représente sa retraite — en chiffres comme en émotions.
Odette, après 42 ans de service hospitalier, quel est le montant de votre pension de retraite aujourd’hui ?
Je touche 1 872 euros brut par mois. En net, ça fait un peu moins de 1 610 euros. Ce montant, je l’ai atteint parce que j’ai validé tous mes trimestres — 172 au total — et j’ai fini ma carrière dans la catégorie A, au dernier échelon. Mon dernier traitement indiciaire brut était d’environ 2 300 euros, sans les primes. Heureusement, j’ai eu droit à l’intégration partielle du CTI (le fameux complément de traitement de 241 euros) dans le calcul de ma pension, parce que je l’avais touché régulièrement pendant mes six derniers mois. Ça a fait une vraie différence.
Est-ce que vous considérez que c’est une bonne retraite, par rapport à ce que vous avez donné ?
Disons que c’est « correct ». Je ne suis pas dans le besoin, mais je trouve qu’après des décennies à faire des nuits, à porter des corps, à gérer l’urgence et la détresse, ce n’est pas un montant mirobolant. On est très loin de la reconnaissance qu’on pourrait attendre. Je connais des collègues qui ont fini rincées, épuisées, parfois abîmées physiquement, pour partir avec à peine 1 500 euros brut. Ce n’est pas normal. Et encore, moi, j’ai eu une carrière sans interruption, en temps plein. Si j’avais pris un temps partiel pour m’occuper de mes enfants, comme beaucoup, ma pension serait bien plus basse.
Vous avez bénéficié de la retraite complémentaire RAFP ?
Oui, j’ai environ 5 800 points RAFP, ce qui me donne une centaine d’euros brut en plus chaque mois. Ce n’est pas grand-chose, mais à la retraite, chaque euro compte. J’ai eu la chance que mes primes soient bien déclarées. Mais certaines années, notamment avant la réforme de 2010, les règles étaient floues, et certaines primes ne comptaient pas. C’est le grand flou de la retraite complémentaire : peu d’infirmières savent vraiment ce qu’elles vont toucher. Moi, j’ai appris sur le tard.
Comment avez-vous vécu le moment du départ à la retraite ? Transition douce ou brutal changement ?
Un mélange des deux. J’étais fatiguée, vraiment. J’ai tenu jusqu’au bout mais j’ai vu que je n’avais plus l’énergie. Mon corps me disait stop. Le dernier mois, je comptais les jours. Et puis… le jour du départ, on m’a offert un bouquet, un discours, et j’ai craqué. En rentrant chez moi, je me suis sentie perdue. Qui étais-je sans ma blouse blanche ? Mais j’ai vite compris que la retraite, c’est pas la fin de l’utilité. J’ai commencé à m’occuper d’une voisine en perte d’autonomie, je fais un peu de bénévolat à la Croix-Rouge. Et je dors enfin la nuit.
Un dernier conseil pour les jeunes infirmières qui démarrent dans la fonction publique ?
Oui : ne perdez jamais de vue votre avenir. Pensez à votre retraite même si ça vous semble loin. Vérifiez que vos primes sont bien déclarées, consultez votre compte RAFP, demandez votre relevé de carrière régulièrement. Et surtout, battez-vous pour vos droits. La retraite, c’est le reflet de toute une vie de travail. Elle ne devrait jamais être une loterie. Et au-delà des chiffres… prenez soin de vous. Le métier est noble, mais il ne vous rendra pas forcément ce que vous lui donnez.
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